Un poyo rojo · critique



Découvrir Un Poyo Rojo, c’est vivre une expérience réjouissante qui n’a pas pris une ride depuis sa création en 2008 en Argentine ! Alfonso Barón et Luciano Rosso, les deux lascars du binôme originel, sont devenus experts en comédie, en danse, en mime et en acrobatie. Leur duo loufoque et déjanté porte bien son nom, « le coq rouge », qui nous embarque illico dans leur romance.


Dans un vestiaire de salle de sport, deux garçons aux corps athlétiques s’échauffent à vue, dos au public, en attendant l’extinction des lumières : renforcement musculaire, pas de danse, étirements… l’immersion est immédiate ! Le temps d’accorder leur souffle et le spectacle commence, succession de postures martiales, de mimiques, de grimaces incongrues, de cascades, de chorégraphies. Eléments composites d’une « langue » corporelle imagée soutenue par un bruitage vocal du plus bel effet. Mi-athlétique mi-burlesque, elle emprunte au cinéma de nombreuses références à Charlie Chaplin, Buster Keaton ou Jacky Chan. Décomplexés, les deux mâles se jaugent, se toisent, se provoquent, entrent en compétition à grands renforts de danse frénétique et de scènes hilarantes jusqu’à éprouver l’un pour l’autre une forte dose de désir. Une attirance sensuelle et érotique qui ne cache pas son jeu, dans un décor aux allures de ring de boxe ou de piste de cirque selon leur humeur et leur délire créatif. 


Au fur et à mesure que la testostérone monte, le tandem augmente le volume de sa performance clownesque et de son talent d’improvisateur car il faut toute sa dextérité et son expérience pour répondre aux injonctions d’un poste de radio qui, en direct, passe du flash d’informations aux entretiens philosophiques, du tube des années 80 aux publicités. Le tandem invente alors une panoplie de rituels faits d’inattendu, de décalage, de gestes cocasses, de jeux corporels, entre défilé de mode, parade joyeuse, pas de Tcha-Tcha-Tcha et Lac des cygnes ! Bref, rien ne résiste aux deux acteurs lancés dans une performance ubuesque qui font de leurs énergies libidinales le moteur de leurs approches successives, toujours en décalé pour mieux conserver le niveau de fébrilité du public : quand l’un s’approche, l’autre feint de s’en éloigner, et inversement.


Leur ballet parfaitement huilé tient toutes ses promesses qui, plus qu’une facétie, met au jour des thèmes toujours d’actualité tels l’homosexualité, le désir, la rivalité, la peur, la jalousie, la virilité. Avec un art assumé de la dérision et une manière frontale d’exprimer les sentiments tels qu’ils sont dans la « vraie vie ». Un Poyo Rojo est un ovni, volontairement iconoclaste où l’absurde s’invite à l’égal de la parodie avec une sincérité désarmante.


Texte : Marie Godfrin-Guidicelli