Tamujuntu · critique



Fruit d’une collusion fracassante de culture hip hop, de danse contemporaine et d’héritage tribal, tamUjUntU célèbre le dialogue entre deux continents dans une brûlante évocation de l’ancestralité africaine des brésiliens. Ici s’enchevêtre judicieusement le Pantsula, le Passinho, la Samba, l’Amapiano, le Hip hop, le Tap et le Funk déployés avec humour, frénésie et sensualité.


Le courant passe entre le chorégraphe brésilien Paulo Azevedo et la troupe sud-africaine Via Katlehong dès la scène inaugurale ! Pieds ancrés dans le sol, courses figées, frappes, cris, murmures, claquements des langues et pépiements d’oiseaux résonnent sur le plateau fondu dans le noir. Avec, pour seule auréole lumineuse, un « tapis de terre rouge »… symbole de la relation entre l’homme et la terre nourricière, au Brésil comme en Afrique du Sud, peu importe. Une relation immémoriale célébrée en chœur par Via Katlehong et Paulo Azevedo dans une succession d’apparitions fantomatiques mais incarnées - on pourrait dire habitées - où la gestuelle athlétique fait place à la gestuelle comique et théâtrale, où les danses d’ensemble effrontées enveloppent des soli et des duos vibrants. 


Dans ce monde charnel et sonore ambivalent, mi-humain mi-terrestre, les partitions se combinent les unes les autres avec maestria : tantôt en glissements ou en sauts fébriles, dans un état de quasi recueillement ou une sensation d’extrême solitude ; tantôt dans un affrontement frénétique et débridé comme percuté par une voix tonitruante. La communauté d’âmes réunie par Paulo Azevedo navigue entre l’euphorie partagée et la manifestation contestataire, poings levés en rangs serrés ! La pièce, tout en ruptures rythmique, musicale et chorégraphique est un hymne à la joie d’être ensemble, une ode à la solidarité, véritable trait d’union entre les peuples. Les spectateurs ne s’y trompent pas qui, au fil des saynètes percutantes, communient joyeusement avec les artistes totalement investis dans la performance.


Texte : Marie Godfrin-Guidicelli