Stans et Stabat Mater · interview de Ana Pérez



Ana Pérez, figure montante de la danse flamenca en France, transcende la souffrance universelle d’une mère face à la perte de son enfant dans deux pièces inspirées du célèbre texte Stabat Mater. Ou comment, dans un duo et une première pièce collective, la même flamme émotionnelle habite les corps, la musique et les voix.




Quelles ont été vos recherches textuelles, musicales et chorégraphiques pour Stans ?

Ana Pérez : Stabat Mater ne figure pas dans Stans mais on commence à aborder cet état de résistance physique, psychique aussi, en s’interrogeant sur « qu’est-ce qui nous fait rester debout ? ». Avec José Sanchez, on a travaillé sur l’état limite à travers le mécanisme de la répétition… jusqu’à l’épuisement. Dès notre première séance de travail, José est venu avec des ébauches musicales qui m’ont donné des pistes pour que mon corps se mette à bouger. Le son, le rythme, la mélodie sont toujours mon élan.


À partir de ces ébauches musicales et chorégraphiques, comment s’articule la construction de la pièce ?

Ana Pérez : La pièce se construit véritablement à deux, on dissocie peu la musique et la danse. Ce qui est notre particularité je crois et qui apparait au public, c’est cette connexion évidente entre nous. C’est lié au fait que José ressent la danse et que moi je la rends perceptible visuellement avec le corps. L’une et l’autre ne sont pas séparées.


Et dans Stabat Mater ?

Ana Pérez : Stans est comme une première approche pour appréhender Stabat Mater en groupe. À partir de cet état de résistance et de cette première transe, on est repartis à zéro mais chargés de toutes ces recherches. Je voulais néanmoins que ces deux pièces soient distinctes. On s’est inspirés de la mise en musique du texte par José pour chanter tous ensemble. Une manière très douce et intérieure de partager une première séance de travail avec le chanteur (Alberto Garcia) et le guitariste, et de sentir la vibration. Ce qui a été très fort. Ce que j’ai cherché tout au long du processus, c’est comment on vibre ensemble, comment on partage la douleur du Stabat Mater et comment on la rend sublime. Si la musique joue un rôle important, le texte aussi, bien sûr, que l’on a fait réécrire par Franck Merger qui est parti d’une traduction fidèle au latin pour proposer une interprétation profane. On parle d’une mère et de son enfant, un thème actuel et intemporel.


Pour vous, s’agit-il d’un diptyque indissociable ou peut-on voir les deux pièces séparément ?

Ana Pérez : Ce sont deux pièces distinctes mais on s’est dit dès le départ qu’il serait intéressant de voir les deux. D’ailleurs, on les proposera ensemble pour la première fois à Draguignan ! Cela prend tout son sens.


La danse flamenca est-elle pour vous la seule qui puisse évoquer et transmettre cette idée de résistance face au deuil ?

Ana Pérez : Pour moi, le flamenco est la meilleure façon de traduire ce texte. Dans l’histoire du flamenco, il est le moyen d’expression d’un peuple qui a souffert et a été marginalisé. C’est un cri de douleur même s’il exprime aussi la joie. Les artistes du flamenco sont vraiment entrainés à transmettre la douleur d’une manière très digne. Ce qui est aussi particulier dans le flamenco, c’est la position de la femme : dans la tradition, la danseuse est debout, droite et fière, entourée de musiciens derrière elle, même si elle traduit par le corps des états douloureux. Quelque chose de similaire au Stabat Mater


Propos recueillis par Marie Godfrin-Guidicelli